JE SUIS SOIGNANT : SA DOULEUR, JE L’ÉCOUTE

Il témoigne...

Pr D. Bouhassira, neurologue

Spécialiste de la prise en charge de la douleur

« Dès qu’il franchit la porte de mon cabinet médical, je m’efforce d’apporter une écoute la plus attentive possible à tout patient douloureux afin d'orienter son diagnostic et organiser au mieux sa prise en charge.

 

Après avoir différencié les douleurs aiguës, habituellement facilement rattachables à une cause identifiable et traitable, il est important de caractériser les douleurs chroniques, qui sont les plus difficiles à traiter. L'analyse du langage de la douleur joue un rôle important dans cette démarche. Contrairement aux idées reçues, les mots de la douleur sont universels. La description d’une douleur ne dépend pas autant qu’on le pensait auparavant de la culture, de l'environnement socioculturel ou même de la représentation individuelle. Une brûlure sera décrite avec des termes équivalents par un Français, un Danois, un Chinois ou un Sud-Américain. En outre, nous sommes le plus souvent en mesure de préciser s’il s’agit d’une décharge électrique, d’une brûlure ou d’une piqûre et donc d’apporter une description sensorielle plus ou moins précise, la quantifier même, en lui attribuant, par exemple, une note sur 10. Sur le plan émotionnel, il est possible de dire si la douleur est extrêmement désagréable ou supportable, quel est son retentissement sur l'humeur, la qualité de vie, etc. Les deux dimensions, sensorielle et émotionnelle, font intervenir des mécanismes et des structures cérébrales différentes. Avec des techniques comme l’hypnose ou les thérapies cognitivo-comportementales, il est, en général, possible de moduler l’une et l’autre de ces dimensions, de jouer sur les composantes physiques et émotionnelles de manière indépendante.

Bien qu’exprimant un ressenti, par définition totalement personnel et donc subjectif, le langage permet une description jugée comme suffisamment précise et finalement assez objective, capitale pour caractériser la douleur, ses mécanismes, et définir ainsi les meilleurs traitements.

Ceci étant dit, il est capital de rappeler qu'on ne traite pas une douleur, mais une personne. De fait, s’il est important de reconnaître les différents types de douleurs dont souffre le patient pour orienter les choix thérapeutiques, il est également essentiel d’évaluer son impact sur les différents aspects de sa vie. La douleur retentit sur le sommeil, l'humeur, l'anxiété, les activités physiques, professionnelles ou culturelles, les relations avec les autres, etc. Il est nécessaire d'évaluer de la façon la plus précise possible comment la douleur retentit sur ces différents aspects de la qualité de vie afin de personnaliser au mieux le traitement.

 

Il est également important d’analyser le profil psychologique du patient pour, en quelque sorte, « cerner » sa personnalité. Il faut, en particulier, tenter de préciser ses attitudes par rapport à la douleur et les représentations qu'il s'en fait, car la réussite du traitement dépend dans une large mesure de l’optimisation de l’utilisation des ressources propres du patient. On tentera notamment de déterminer si, de façon générale, le patient adopte plutôt une démarche active face à la douleur, avec l’idée que son action peut être l’une des clés de sa guérison ou, à l’inverse, s'il adopte une démarche plutôt passive, avec une attente de solutions extérieures, notamment médicales. Le second type de profil est souvent associé à une tendance plus pessimiste pour ce qui concerne le futur, des idées négatives voire à une tendance à la « dramatisation », sur laquelle il faudra tenter d'agir en s'appuyant sur les thérapies cognitivo-comportementales par exemple.

Quoi qu'il en soit, ce type d'évaluation passe, encore une fois, d'abord par l'écoute, même si divers questionnaires peuvent être utilisés pour évaluer de façon générale le profil du patient et plus précisément ses croyances et attitudes face à la douleur.

 

Une évaluation fine, à la fois du retentissement de la douleur et des attitudes du patient est capitale, car elle permet de personnaliser la prise en charge. On ne traite pas la douleur par la seule prescription de médicaments. Pour être efficace, un traitement doit être adapté à chaque patient et associer le plus souvent, médicaments et interventions non médicamenteuses. »

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