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DOULEUR ET MALADIE D'ALZHEIMER

Ce qu'il faut retenir

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Les maladies d’Alzheimer et maladies apparentées ne sont pas physiquement douloureuses. Toutefois, au stade avancé de la maladie, il arrive souvent que ceux qui en sont atteints éprouvent des difficultés à exprimer les douleurs aigües ou chroniques qui peuvent être provoquées par d’autres pathologies.

Ce n’est pas parce qu’une personne atteinte de troubles neurocognitifs majeurs ne se plaint pas de douleur, qu’elle n’en a pas, ou qu’elle n’y est pas sensible.

Les douleurs chroniques des personnes âgées ou atteintes de maladies d’Alzheimer et maladies apparentées sont très peu repérées ou insuffisamment traitées. La douleur n’est pas une manifestation « normale » de l'âge et ne doit en aucun cas être subie en silence.

Il arrive qu’en cas de troubles du comportement, on administre un calmant au lieu d’un antalgique.

Mal soignée ou ignorée, la douleur provoque des souffrances inutiles.

Le mot du Spécialiste

Pr B. Laurent, neurologue

Spécialiste de la maladie d'Alzheimer

Sous le vocable de troubles neurocognitifs majeurs, on connaît surtout la maladie d’Alzheimer représentant 60 % des maladies dégénératives avec une incidence croissante compte-tenu du vieillissement (25 % des femmes de 90 ans) mais il existe aussi la démence à corps de Lewy, la démence fronto-temporale, et d’autres atrophies localisées plus rares (aphasie, apraxie dégénératives). Dans les stades avancés de ces maladies, le problème essentiel est de repérer un état douloureux que le patient n’est pas capable d’exprimer verbalement. Il ne s’agira pas, en général, de douleurs liées à la maladie elle-même, mais de douleurs dues à d’autres pathologies (arthrose, migraines, etc.), que le patient a du mal à verbaliser et dont les manifestations corporelles peuvent être très déroutantes.

Parfois la douleur chronique est précoce comme dans les démences à corps de Lewy, parfois l’absence de plainte dans une situation douloureuse aigüe (infection, traumatisme fracture, etc.) surprend sans que l’on sache si elle résulte du déficit de langage ou de mémoire ou d’une réelle forme d’anesthésie… L’absence de plainte est souvent contredite par des réactions corporelles accrues (accélération du pouls, modification pupillaire, etc.) : la sémiologie douloureuse doit donc être attentivement observée et enseignée aux soignants et aux proches car cette douleur « silencieuse » est le plus souvent présente, et beaucoup d’arguments plaident au contraire pour une plus grande vulnérabilité à la douleur dans la maladie d’Alzheimer. A l’inverse une plainte douloureuse répétée avec un examen normal peut traduire un trouble de mémoire où le présent est oublié au profit du passé avec une douleur ancienne constamment réactualisée.

L’expertise est cruciale avec des échelles soit d’autoévaluation (type échelle numérique de 0 à 10 ou échelle verbale simple en 5 items), utilisables jusqu’à un stade sévère (MMS < 10) ; soit des échelles d’hétéro-évaluation habituellement remplies par le soignant ou l’accompagnant à partir du comportement du patient (échelle DOLOPLUS validée en France). Pour la douleur aiguë, qui peut annoncer une maladie grave, la perte de mémoire retentit sur la plainte différée et seule l’observation continuelle des patients évite cet écueil ; le comportement est informatif soit par ses retraits : silence, perte du plaisir, pleurs, refus alimentaire… soit par ses excès : colère, agressivité, déambulation… Le proche doit  exprimer l’empathie par le toucher, la caresse et repérer les zones douloureuses mal décrites… Observer l’amélioration par les antalgiques… Analyser le sommeil.